Un instant, j'ai pensé aux cinq fusillés du matin. Cette vision des cinq corps étalés dans la cour, de l'arbre criblé et du vieillard qui essuyait le visage ensanglanté de son fils mort m'a soulevé le cœur. J'ai respiré à pleins poumons la campagne fraîche où tout vivait dans l'obscurité d'une vie silencieuse et ardente. J'ai compris que c'était le vieillard que j'étais venu voir, tantôt à l'école… Ce vieux, taillé dans du buis, solide et lourd, qui ne savait pas vivre un drame. Je regrettai de ne pas l'avoir trouvé. J'aurais aimé le regarder tout à mon aise afin de pouvoir me souvenir de lui.
— Si tu n'étais pas milicienne, pourquoi ne t'ont-ils pas relâchée ; pourquoi t'ont-ils tondue ? ai-je questionné.
Elle a répondu sans hésiter :
— A cause d'Otto.
— Qui est Otto ?
— Un officier allemand.
— Tu couchais avec lui ?
— C'était un ami.
J'ai ressenti un pincement de jalousie ; une colère impétueuse a bondi dans mon cœur, dans mes yeux.
— Bande de salopes ! Avec n'importe qui, même avec un boche… Vous me donnez envie de vomir.