— Double scotch.
Le garçon obéit avec empressement, car j’ai parlé net. Je potasse mon petit lexique et je dis, après avoir vidé mon glass :
— Again !
Le barman remet ça et je continue de jouer aux vases communicants. Quatre whiskies dans la bedaine, c’est une bonne compagnie pour un homme dans mon cas.
Je me sens remis à neuf. Je cigle et je sors.
La nuit est bien belle, avec beaucoup d’étoiles au ciel et beaucoup de néons dans les rues.
Je biche un taxi et je lui ordonne de me conduire au Cyro’s. Tandis que je cherche de la morniflette pour le casquer, une fois arrivé, un crieur de journaux passe, en hurlant. Je ne pige rien à ses cris, mais, en première page du canard qu’il brandit, je reconnais une photo de femme. Elle tient quatre colonnes à la une. Pas moyen de se gourer. J’achète un journal. Ma faible connaissance de la langue anglaise et mon intuition me permettent de lire le titre et le sous-titre :
« Le Français a frappé une huitième fois ! Une nouvelle taxi-girl est abattue à son domicile. »
Et, juste dessous, il y a le portrait de la souris que j’ai calcée la nuit d’avant. Elle a l’air vachement vamp, là-dessus. Je me rappelle avoir vu cette photo contre le mur de sa chambre. Elle a été tirée par un photographe spécialisé dans le portrait de pin-up. Ce gars-là, il sait travailler, parole ! C’est le superman du contre-jour. Vous lui refilez une centenaire et il vous en extrait une photo sexy.
Un champion, je vous dis !