Je m’éveille et réalise la situation. Comme je fais un peu de température, because le coup de téléphone sur mon crâne, j’ai eu un saut de carpe qui m’a projeté hors du divan. Et mon bras reste suspendu par la menotte fixée au lampadaire.

Quant au moteur d’avion, il est merveilleusement imité par Dick, lequel ne s’est pas fait enlever les végétations et ronfle comme un bienheureux.

Je me remets sur mon pieu. Mais, pour la chose du sommeil, je suis chouravé. Maintenant, je vais me tortiller sur le duvet sans parvenir à en écraser.

Le mieux que j’aie à maquiller, c’est encore de gamberger à la situation. Je suis pris dans cette histoire comme un rat dans un piège. Pour s’en sortir, faut avoir de sérieuses accointances avec le petit Bon Dieu.

Maresco a l’impression que je peux découvrir le coupable. Il se carre le doigt dans l’œil jusqu’au gros côlon. L’affaire des stups, c’était pas marie à entraver à cause du clergyman qui ne passait pas inaperçu. Mais l’assassin, lui, ne s’est pas déguisé en lancier du Bengale pour bousiller les porteuses de noir. Pour le démasquer, il faudrait que je sois au parfum des us et coutumes de ce bon Chicago, que je connaisse au moins la langue à fond, que j’aie les mains libres et du pèze pour arroser les muets.

Non, je n’arriverai à rien. Si je n’arrive à rien, Maresco me fera distribuer des jetons de calibre 45, et si j’arrive à quelque chose, ce sera du même tabac, parce qu’au point où en sont les choses, il ne peut pas laisser papillonner à travers l’univers un flic au courant de ses combines clandestines. Donc, la seule chose qu’il me reste à faire, c’est de tout plaquer et de garer mon lard.

Déjà, ça, c’est coton. Si j’arrive à fausser compagnie aux deux armoires qui m’escortent, je connaîtrai les transes d’un outlaw. Toute la meute galopera après mon pétrousquin et ce sera un drôle de cri dans la région, moi, je vous l’annonce sur papier timbré !

Pourtant, les idées, c’est comme les pelotons de ficelle : à force de les tripoter, on finit par les choper par le bon bout.

« A toi de jouer, bonhomme ! » me dis-je.

Je commence à prêter l’oreille. Le Dick, maintenant, s’en donne comme une escadrille. C’est un vrai meeting à lui tout seul. Et faut croire qu’il a le sommeil aussi épais que son intelligence, car il ne m’a pas entendu tomber du page.