Le lendemain matin il y eut une triste scène, en vérité, dans la prison. La première chose dont je fus saluée le matin fut le glas du gros bourdon du Saint-Sépulcre qui annonçait le jour. Sitôt qu'il commença à tinter, on entendit retentir de mornes gémissements et des cris qui venaient du trou des condamnés, où gisaient six pauvres âmes qui devaient être exécutées ce jour-là: les unes pour un crime, les autres pour un autre, et deux pour assassinat.
Ceci fut suivi d'une confuse clameur dans la maison parmi les différents prisonniers qui exprimaient leurs grossières douleurs pour les pauvres créatures qui allaient mourir, mais d'une manière extrêmement dissemblable; les uns pleuraient, d'autres poussaient des hourras brutaux et leur souhaitaient bon voyage; d'autres damnaient et maudissaient ceux qui les avaient amenés là; beaucoup s'apitoyaient; et peu d'entre eux, très peu, priaient pour eux.
Il n'y avait guère là de place pour le recueillement d'esprit qu'il me fallait afin de bénir la Providence pleine de merci, qui m'avait, comme il était, arrachée d'entre les mâchoires de cette destruction; je restais, comme il était, muette et silencieuse, toute submergée par ce sentiment, et incapable d'exprimer ce que j'avais dans le cœur; car les passions en telles occasions que celles-ci sont certainement trop agitées pour qu'elles puissent en peu de temps régler leurs propres mouvements.
Pendant tout le temps que les pauvres créatures condamnées se préparaient à la mort, et que le chapelain, comme on le nomme, se tenait auprès d'elles pour les disposer à se soumettre à la sentence; pendant tout ce temps, dis-je, je fus saisie d'un tremblement, qui n'était pas moins violent que si j'eusse été dans la même condition que le jour d'avant; j'étais si fortement agitée par ce surprenant accès que j'étais secouée comme si j'eusse été prise d'une fièvre, si bien que je ne pouvais ni parler ni voir, sinon comme une égarée. Sitôt qu'on les eut toutes mises dans les charrettes et qu'elles furent parties, ce que toutefois je n'eus pas le courage de regarder, sitôt, dis-je, qu'elles furent parties, je tombai involontairement dans une crise de larmes, comme si ce fût une indisposition soudaine, et pourtant si violente, et qui me tint si longtemps que je ne sus quel parti prendre; ni ne pouvais-je l'arrêter ni l'interrompre, non, malgré tout l'effort et le courage que j'y mettais.
Cette crise de larmes me tint près de deux heures, et ainsi que je crois, me dura jusqu'à ce qu'elles fussent toutes sorties de ce monde; et puis suivit une bien humble, repentante, sérieuse espèce de joie; ce fut une réelle extase ou une passion de gratitude dans laquelle je passai la plus grande partie du jour.
Ce fut environ quinze jours après, que j'eus quelques justes craintes d'être comprise dans l'ordre d'exécution des assises suivantes; et ce ne fut pas sans grande difficulté, et enfin par humble pétition d'être déportée que j'y échappai; si mal étais-je tenue à la renommée, et si forte était la réputation que j'avais d'être une ancienne délinquante au sens de la loi, quoi que je pusse être aux yeux des juges, n'ayant jamais été amenée encore devant eux pour cas judiciaire; de sorte que les juges ne pouvaient m'accuser d'être une ancienne délinquante, mais l'assesseur exposa mon cas comme bon lui sembla.
J'avais maintenant la certitude de la vie, en vérité, mais avec les dures conditions d'être condamnée à être déportée, ce qui était, dis-je, une dure condition, en elle-même, mais non point si on la considère par comparaison. Et je ne ferai donc pas de commentaires sur la sentence ni sur le choix qui me fut donné; nous choisissons tous n'importe quoi plutôt que la mort, surtout quand elle est accompagnée d'une perspective aussi déplaisante au delà, ce qui était mon cas.
Je reviens ici à ma gouvernante, qui avait été dangereusement malade, et ayant approché autant de la mort par sa maladie que moi par ma sentence, était extrêmement repentante; je ne l'avais point vue pendant tout ce temps; mais comme elle se remettait, et qu'elle pouvait tout justement sortir, elle vint me voir.
Je lui dis ma condition et en quel différent flux et reflux de craintes et d'espérances j'avais été agitée; je lui dis à quoi j'avais échappé, et sous quelles conditions; et elle était présente lorsque le ministre commença d'exprimer des craintes sur ce que je retomberais dans mon vice lorsque je me trouverais mêlée à l'horrible compagnie que généralement on déporte. En vérité, j'y réfléchissais mélancoliquement moi-même, car je savais bien quelle affreuse bande on embarque d'ordinaire, et je dis à ma gouvernante que les craintes du bon ministre n'était pas sans fondement.
—Bon, bon! dit-elle, mais j'espère bien que tu ne seras point tentée par un si affreux exemple.