—Nos montagnes sont sûres, monsieur, répondit l’aubergiste d’un ton de dignité offensée; excepté ce colporteur qu’on a assassiné il y a six mois, et dont on a retrouvé le corps dans la Combe-aux-Renards...
—Et le voiturier qui a été arrêté il y a trois semaines à la Fosse, ajouta Mlle Reine; les voleurs ne l’ont pas tué tout à fait, mais ils l’ont tellement abîmé de coups qu’il est encore à l’hôpital à Remiremont.
—Ohimé! voilà une sûreté à faire dresser les cheveux sur la tête! C’est pis que la forêt de Bondy. En vérité, si je savais de quel côté mon ami s’est dirigé ce matin, j’irais au-devant de lui avec mes pistolets.
—Voilà Fritz, dit Mme Gobillot, qui a rencontré en revenant des champs un voyageur qui lui a donné dix sous en lui demandant le chemin de Bergenheim. D’après le signalement qu’il donne, il paraît que c’est ce monsieur.—Raconte donc cela, Fritz.
L’enfant raconta, dans son patois alsacien, sa rencontre de l’après-midi. L’artiste resta convaincu que c’était bien de Gerfaut qu’il était question.
—Il se sera égaré dans le vallon, dit-il, en rêvant à notre drame. Mais ne parliez-vous pas de Bergenheim? Y a-t-il donc ici près un village de ce nom?
—C’est un château, monsieur, à une lieue d’ici, en remontant la rivière.
—Et ce château appartient-il par hasard au baron de Bergenheim? un beau garçon, grand et blond, les moustaches un peu rouges?
—C’est bien cela, excepté que monsieur le baron ne porte plus de moustaches depuis qu’il a quitté le service. Est-ce que monsieur le connaît?