—Qu’est-il donc arrivé? dit-elle enfin, et comment êtes-vous là?—Ah! c’est affreux, et vous me punissez cruellement de ma faiblesse.

Cette sévérité subite, après un si mol abandon, changea en irritation le ravissement d’Octave.

—C’est vous, répondit-il, qui mettez du raffinement dans votre cruauté. Pourquoi me laisser entrevoir le bonheur si vous voulez ensuite me le ravir? Puisque vous ne m’aimez qu’en songe, de grâce, rendormez-vous et ne vous éveillez plus. Je resterai près de vous, demandant la joie de ma vie aux aveux de votre sommeil. Tout à l’heure vos paroles étaient si douces! vous les démentez maintenant?

—Qu’ai-je donc dit? demanda-t-elle en hésitant un peu, et avec une rougeur inquiète.

Ces symptômes, qu’il crut de mauvais augure, augmentèrent son dépit. Il se leva et répondit d’un ton d’amertume:

—Ne craignez rien. Je n’abuserai pas des paroles qui vous sont échappées, quels qu’en soient le charme et la flatterie; elles me disaient que vous m’aimiez. Je ne le crois plus: vous êtes émue, je le vois; mais c’est de peur et non d’amour.

Clémence s’assit plus en arrière sur le divan, se croisa les bras sur la poitrine et le regarda quelque temps en silence.

—Croyez-vous ces deux sentiments si incompatibles? dit-elle enfin; vous êtes le seul dont j’ai peur. D’autres ne se plaindraient pas.

Il y avait une grâce si irrésistible dans son accent et dans son regard que la mauvaise humeur de Gerfaut se fondit comme la glace sous un rayon de soleil. Il se remit à genoux devant le divan, prit les mains de Clémence et voulut les croiser autour de son cou comme elles l’avaient été un moment auparavant; mais, au lieu de se prêter à cet arrangement, elle essaya de le faire relever.