— Paule, aucun homme au monde n’a eu ma patience ; vous traitez ainsi votre mari, et à Didier et Monteux vous permettez la plus intolérable familiarité, vous vous faites peindre à moitié nue : c’est à devenir fou…

— Je reconnais que comme épouse je ne suis pas agréable, mais je vous l’ai toujours dit ; encore, quand vous ne vous occupiez pas de moi, cela pouvait marcher ; mais du moment qu’il vous est venu à l’idée de vous mêler de toutes mes affaires, j’ai préféré vous avouer carrément ce que je pense… je vous avertis, je n’aurai de repos que lorsque je trouverai le moyen de faire annuler notre mariage.

— Et si vous n’y arrivez pas ?

— Ce sera fâcheux pour vous, car à un moment donné il est probable que je vous tromperai, c’est-à-dire non, je ne vous tromperai pas, mais j’aimerai un monsieur qui ne sera pas vous… Il est impossible qu’avec votre expérience de la vie, vous n’ayez pas envisagé cette éventualité ; pourquoi serions-nous différents de tous les ménages que nous connaissons ?

— Mais c’est épouvantable ce que vous dites là ? mais toutes les femmes ne trompent pas leur mari…

— Un grand nombre, à en juger par les histoires que vous m’avez racontées ; par le fait il y a parmi nos relations au moins cinq femmes dont vous avez été notoirement l’amant. Ce sont des femmes charmantes ; je ne leur en veux pas, et en somme il y aura eu moi aussi. Ce sera un souvenir agréable.

— Et, si vous essayiez, Paule, de tâcher de vous figurer que nous ne sommes pas mariés ?…

— Pas moyen, et du reste dans ce cas-là vous n’êtes pas mon idéal, tous nos goûts diffèrent.

— Pas le moins du monde ; c’est vous qui imaginez cela. Vous savez bien, Paule, que je suis disposé à me prêter à toutes vos fantaisies.

— C’est-à-dire que vous seriez disposé à m’offrir un bijou ou à payer une de mes notes, voilà jusqu’où va l’imagination désordonnée d’un mari…