— Ce ne sont pas tant les contemporains, peut-être, que les contemporaines qui ont changé de mode ; que voulez-vous, madame, elles sont moins crédules et moins simples.
— Une femme n’est pas crédule, monsieur, parce qu’elle croit que l’amour est une chose belle et sainte, dit vigoureusement et d’une intonation noble et tendre l’aimable d’Aveline.
— Ah ! mais pardon, proteste immédiatement Luce de Juvisy ; nous avons toutes connu des hommes amoureux, je n’ai jamais trouvé de beauté et de sainteté dans leurs sentiments.
— Cependant, madame, le don désintéressé d’une créature humaine à une autre, dit madame de Corbenay, l’affection qui fait affronter tous les dangers, courir des risques cruels, vous ne trouvez pas cela beau ?
— Non, madame, pas du tout ; et le désintéressement est absolument illusoire, car on court ces risques-là pour un plaisir qu’on connaît certain.
— Oh ! madame ! voilà une manière d’envisager la passion !
— Et comment voulez-vous qu’on l’envisage, comme un acte d’héroïsme ?
— Vous êtes jeune, très jeune, délicieuse madame, dit d’Aveline ; l’expérience, la vraie, viendra plus tard.
— Mon cher ami, c’est vous qui êtes jeune et naïf ; du reste, comme presque tous les hommes de votre âge ; c’est délicieux, mais ne vous attendez pas à nous voir vous suivre.
— J’accepte d’être traité de naïf, madame, si c’est l’être que d’avoir confiance à la vertu et au courage des femmes.