— Que mon mari se bâtisse une maison de l’autre côté de la rue, répond promptement la jeune femme.
— C’est vrai, pourquoi vit-on dans la même maison ? demande Paule, on s’aimerait beaucoup plus si on se voyait moins souvent ; il y a des jours où la tête de mon mari, à déjeuner, m’ôte l’appétit ; de quel droit la loi me force-t-elle de manger avec lui ?
— C’est la bêtise des préjugés, madame : si on vous écoutait, les ménages marcheraient bien mieux ; il n’y a qu’une basse vulgarité qui ait pu concevoir cette extravagance sauvage de la vie en commun : le lit, la table, c’est atroce, tout simplement digne de charretiers tout au plus ; qu’on se rapproche si l’on veut, mais qu’on se quitte, et que des femmes délicates comme des fleurs ne soient pas contraintes à supporter dans tous les actes de leur vie le grossier contact d’un homme !
— Ah ! Monteux ! que vous parlez bien !
— Je le sais, adorable madame ; et vous, tendre madame, s’adressant à Lolo, daignez prendre l’enseigne que je vous offre, et promettez de la porter.
— Je le promets, dit Lolo avec une certaine hardiesse.
— Eh bien, nous écoutons ?
« Petite mouche fait courir grand âne. »
— Voilà qui est admirable pour Lolo, dit Roseline, mais c’est un plan de conduite parfaitement tracé ; si tu la comprends, Lolo, ta devise contient la sagesse de toutes les nations.
— Nous le lui ferons comprendre, soyez tranquille, madame, dit Didier.