— Mais, ma chère madame Duran, vous avez affaire à des gens encore plus expérimentés que vous ; on n’a rien à m’apprendre sur ce dont les femmes sont capables.

— Alors, vous l’épouserez ?

— Je l’espère ; et en tout cas, dès aujourd’hui, prenez l’habitude d’en parler comme si elle était ma femme, et à ces conditions j’userai d’autant de réserve à votre égard que si lord Brentmore de son côté vous avait déjà épousée : tâchez qu’il vous épouse, il est plus jeune que moi, c’est plus facile.

Puis, sur toutes ces vases troubles, l’eau s’était refermée, et les apparences demeuraient sauves.

La pensée qu’on avait pu s’attaquer à Sylvaine rendait presque sauvage le colonel Blunt et lui faisait passionnément désirer avoir le droit de veiller sur elle. Lui, si hardi avec les femmes, était craintif avec elle ; il lui faisait sa cour par procuration : c’était miss Neville qui s’en chargeait. Mme Gascoyne le félicita de son habileté.

— Je suis convaincue que vous ne pouviez vous y prendre plus adroitement. Inconsciemment, à propos de votre sœur, Sylvaine parle de vous souvent ; en outre, Kathleen me raconte que vous vous révélez l’homme le plus aimable, et que votre auto est toujours à leur disposition pour les mener où elles ont envie.

— C’est bien peu de chose.

— C’est un peu de chose qui a sa signification ; continuez, Rakewood annonce sa visite ; il s’arrache de Monte-Carlo où il a vu Mme Hurstmonceaux et sa bande. Rakewood saura mieux qu’aucun de nous découvrir ce que pense Sylvaine.

— Elle est triste ; on la dirait découragée.

— C’est vrai, et ce n’est pas naturel. Un peu de patience ; on dissipera ces nuages.