Le manteau de zibeline, les diamants, et des yeux, des yeux trop luxueux pour être portés sur soi en automobile, la peau mate et le kohl, tout cela l’éblouissait. Il ne voulut pas en convenir. Il garda son sourire ironique et ses rides bien tuyautées. Il rendit ses baisers à sa fille.

— Dire qu’il y a des drôles qui n’ont rien pour se vêtir ! fit-il avec admiration en examinant un petit chien enveloppé d’un paletot de fourrure.

Les deux figurants s’expliquaient :

— Nous faisons la route des Pyrénées, d’Hendaye à Cerbère. Nous couchons ce soir aux Eaux-Bonnes. J’ai eu brusquement l’idée de te dire bonjour en passant. C’est toujours calme ici. Vous n’avez pas de troubles d’âme. Quel repos ! Nous sommes pressés. Nous repartons.

Lorsque, dans l’auto silencieuse et invisible, la femme et l’homme se furent engloutis, que leur rayonnement et celui de leurs phares ne furent plus qu’au service de la voirie, Ourtic qui était le seul à avoir bougé pensa :

« Si riche ! J’ai peut-être eu tort de la déshériter ! »

Mais cet incident était, pour ainsi dire, extérieur. Les béarnais attachés au sol ne suivent pas par la pensée ceux des leurs qui ont quitté la campagne. Ils les voient souvent rentrer chez eux poitrinaires pour y mourir. Ils ne les dédaignent pas. Mais ils les attendent.

Dans la grange allégée de ces corps étrangers, la vie reprenait. Les paupières battaient. Les dépouilles se déchiraient comme des chuchotements. Maïténa s’était compromise en défendant un jeune homme avec cette vivacité. On lui donnait l’exemple de ce qu’il faut faire quand on s’intéresse à un garçon : pas de paroles ; pas de regards.

Elle se tourna vers Pascal pour voir sa contenance. Il ne savait pas ce qu’il devait faire ; et ce mouvement le décida. Il s’avança dans le sillage du regard de Maï.

Quand il fut près d’elle, elle ouvrit les yeux plus grands pour le contenir dans ses orbites. Et, alors, il ouvrit la bouche.