De même qu’ils constituaient une fourrure pour la ferme — leur chaleur traversait les murs, — de même la jeunesse pacifique de leur berger entrait tranquillement chez ses hôtes et gagnait sans secousse leurs pensées. Cette forme de quiétude comportait, il est vrai, son ferment d’activité intérieure qui procédait des montagnes inconnues et des récits merveilleux que Jeanty apportait avec lui.
Maïténa, ayant ainsi oublié pendant quelques jours son tourment, reconnut qu’il durait dès qu’elle songea à s’assurer de sa disparition. Cette insensibilité, cette lutte silencieuse de l’esprit et du corps, leurs forces se compensant par miracle, avaient duré fort peu.
Depuis, son désir, au lieu d’être chauffé par le soleil, vécut d’un foyer intérieur. Son sang réagissait. Auparavant, il lui fallait épancher son trop plein de chaleur. Aujourd’hui, elle la recherchait, elle faisait le geste de l’attirer. Elle n’entr’ouvrait plus son corsage, dans la solitude, pour faire prendre l’air à sa poitrine. Elle la vêtait d’un tricot de laine qui l’enveloppait de caresses continuelles.
Le calme apporté par le berger était comme ses vêtements d’hiver. Il ne servait qu’à attendrir son corps davantage et à l’apprêter soigneusement pour la possession.
Elle comparait la douceur de Jeanty aux enthousiasmes et à la brutalité des gestes de Pascal. Malgré ce qu’une pareille distribution avait d’arbitraire, elle se représentait symboliquement le nouveau venu par le lait de ses brebis, et le meurtrier de Virgile par la couleur aphrodisiaque du sang.
Elle s’expliqua bientôt pourquoi le berger était revenu, pourquoi elle le comparait à Pascal, quoique rien ne les reliât l’un à l’autre, et pourquoi il occupait son esprit.
Après un déjeuner de midi, la « vêprée », et le départ des ouvriers, Ourtic, excité par la nouveauté de la température et par celle de Jeanty, retenait quelques minutes ce dernier dans la cuisine pour le plaisanter.
— Et ta bonne amie ! Où l’as-tu laissée ? A Laruns ; ou aux Eaux-Bonnes ? Tu peux me le dire, va ! A mon âge, on sait que les femelles des bergers passent l’hiver à réchauffer les vieux qui ne quittent plus la montagne.
Maïténa ne rit pas. Jeanty rougit à peine. Ourtic fut un peu déçu.
— Monsieur Ourtic, vous le savez bien, je n’ai pas de bonne amie !