Guère.

… Et, quand les parents et les amis du mort l’auront un peu oublié, quand ils en seront venus à surveiller moins strictement ses manuscrits, alors le petit jeu reprendra de plus belle, et les bibliophiles se mettront à la recherche des inédits. Le romancier a-t-il parfois essayé sa plume avant d’entreprendre son travail, le malheureux poète a-t-il, un jour, écrit deux vers imbéciles sur l’album d’une jeunesse qui l’en priait, a-t-il déroulé un mirliton impromptu au bas d’une lettre à sa maîtresse, l’amateur les recueillera dans son carton, puis les publiera tous en volume, réunis par un commentaire larmoyant et faussement respectueux.

Telle est la destinée de l’écrivain. Et passe encore s’il n’avait à souffrir que durant sa vie, et d’une main hostile, ou de sa propre main ! mais quel excès d’opprobre que d’avoir à souffrir, après sa mort, de la main de ceux qui prétendent l’aimer !

C’est gai,

Cette vie !

Hein, ma mie,

O gué ?

Voilà pourquoi on peut reprocher à tant d’amateurs sans vergogne, non seulement de tenir sur les morts des propos éhontés, mais encore de leur faire de cruelles blessures.

Lorsqu’un écrivain de valeur a jeté l’un de ses manuscrits, il est assez probable qu’il n’espère pas le voir, plus tard, tiré de l’ombre ; au moins peut-on le supposer. — Croit-on vraiment que cela ajoute grand’chose au renom d’un poète que de publier les vers qu’il bégaya ? et à la gloire d’un romancier que de mettre en vente le roman qu’il écrivit en nourrice ? — Ceux qui manquent ainsi de respect aux morts sont de mauvais disciples qui ne savent pas aimer un maître. — Mais ce sont là sensibleries puériles :

Importun