Tout cela n’est-il pas parfaitement humain ? Ces circonlocutions embrouillées où la paraphrase du code civil vient se mêler aux petits mensonges de l’époux en faute ; cette facilité d’invention, dans l’exposé des obstacles qui arrêtent le voyage de sa femme, ces protestations de fidélité atteignant les extrêmes limites de ce que l’on peut décemment dire dans une lettre, ces exhortations à dissiper tout chagrin, à se livrer aux plaisirs et aux fêtes, voilà bien le bagage ordinaire des maris en bonne fortune.

Nous avons tenu à montrer combien l’Empereur s’assujettissait à des scrupules inconnus avant lui dans le rang élevé qu’il occupait. Si Joséphine, comme femme, avait motif d’être blessée, elle pouvait, comme impératrice, se consoler en songeant à celles dont elle tenait la place, aux reines de France qui ont dû supporter la présence des favorites à la cour. Ces petites défaillances, pardonnées aux rois par tout le monde, sont bien excusables chez l’Empereur, qui, dans ses écarts conjugaux, sut mettre du moins, tant vis-à-vis de sa femme que de l’opinion publique, une réserve dont ses devanciers sur le trône ne lui avaient pas donné l’exemple.

N’eût-il pas été préférable de rendre inutile un si bel étalage de sentiments ?

Il est peut-être des hommes doués d’une rigidité vertueuse telle qu’ils semblent avoir le droit de se montrer sans pitié pour ces sortes de fautes, mais ceux-là mêmes cependant devront bien reconnaître qu’à être coupable, on ne saurait l’être avec plus de ménagements, plus de retenue, plus de souci du chagrin que l’on cause. En somme, ce qui ressort nettement de tout cela, c’est l’une des tendances les plus marquées du caractère de Napoléon : il voulait tout le monde content autour de lui.

Le premier chapitre du petit roman d’amour ébauché à Varsovie se termina avec le départ de l’Empereur qui allait prendre le commandement de son armée pour la campagne d’Eylau.

L’amour de Mme Walewska pour Napoléon ne s’éteignit pas. Après lui avoir donné une immense joie en le rendant père, elle ne lui occasionna jamais le moindre désagrément. Elle resta dans l’ombre pendant toute la durée du règne impérial. On ne la voit reparaître que dans les moments pénibles où elle sent que de douces paroles sont nécessaires à son amant, abîmé sous le coup de revers et de déceptions épouvantables !

On la voit aussi venir à l’île d’Elbe apporter quelques consolations à l’exilé, déchu des grandeurs, sans prestige et sans fortune ! Cette figure de femme constante, désintéressée, sensible au malheur, plane comme celle d’un ange au-dessus des abandons, des lâchetés et des trahisons qu’on voit s’accumuler quand décline l’étoile de Napoléon.

XV

Le renvoi brutal de la meilleure des épouses, dans le seul but de satisfaire le vain orgueil de s’allier à une fille de sang royal, l’abandon cruel de cette femme après le divorce, le tableau élégiaque d’une impératrice éplorée, solitaire, aux portes de Paris, témoin forcé du bonheur de celle qui a pris sa place, tels sont les thèmes développés sur le mode mineur, par les adversaires de Napoléon, afin de transformer son divorce en un acte d’intérêt personnel et de persécution gratuite.

La nécessité de faire de Joséphine une martyre s’imposait par le besoin de peindre Napoléon sous les traits d’un égoïste impitoyable.