[1] Nous empruntons les détails qui suivent à l'excellente brochure de Mme E. Röhrich, MM. Rauscher et H. Haug : Jean-Frédéric Oberlin éditée par La Revue Alsacienne Illustrée en 1910.

*
* *

Jean Frédéric Oberlin — “papa Oberlin,” comme l'appelèrent plus tard ses paroissiens — naquit à Strasbourg le 31 août 1740 d'une famille de bonne bourgeoisie dont la culture était à la fois française et allemande : “Je suis Germain et Français tout ensemble,” écrira-t-il plus tard. Il prononcera ses sermons dans les deux langues et rédigera ses Annales alternativement dans l'une et l'autre.

Enfant plein de vivacité, il faillit se faire soldat : “J'étais soldat dès mon enfance. Mon goût se portait aux armes et à l'art de la guerre. Si je n'ai pas embrassé ce métier, c'est qu'on ne combattait pas alors contre la tyrannie et que je vis au contraire que dans l'état de pasteur à la campagne je pouvais faire infiniment de bien.”

C'est en 1767 qu'il fut nommé pasteur au Ban-de-la-Roche. C'est là qu'il déploya pendant soixante ans, jusqu'à sa mort, une activité merveilleuse.

Petit canton de langue française de la Haute Alsace, le Ban-de-la-Roche était depuis l'époque de la guerre de Trente Ans retombé dans une sauvagerie de mœurs incroyable. L'ignorance y était crasse et universelle : le défaut de voies de communication maintenait en effet la population dans un isolement presque complet. On passait les ruisseaux sur des troncs d'arbres. Un voyage à Strasbourg était un exploit. Mme Witz-Oberlin, fille du saint homme, écrit dans ses souvenirs : “Lorsque ma mère, pour cause de santé, était obligée de se rendre à Strasbourg, son excellent époux l'accompagnait à pied avec tous les instituteurs de la paroisse et quelques hommes jeunes, forts et de bonne volonté… Chacun était armé d'une longue perche afin de pouvoir soulever la voiture aux passages dangereux.”

TURCKHEIM.

Oberlin conçut son devoir à la façon d'un cerveau encyclopédique du XVIIIe siècle. Il serait injuste de dire que son apostolat fut la moindre de ses préoccupations. Son éloquence familière et persuasive ne fut point dépourvue de valeur. Mais il estima que l'exemple serait la meilleure prédication, et qu'une fois que les paroissiens seraient devenus des hommes civilisés, ils seraient bien près d'être en même temps des chrétiens.

Pour leur apprendre l'agriculture, il se fait paysan, leur enseigne l'art des semailles et celui d'élever les bestiaux. De même, il devient architecte, ingénieur, agent-voyer, industriel, et manœuvre chaque fois qu'il le faut. Sur son impulsion, on perce des routes et neuf ponts sont construits. Lui-même défonce la terre le premier ou casse les cailloux. Par ailleurs il publie des circulaires, crée des caisses d'emprunt et de liquidation des dettes, une société populaire, une société des fours, une société des amis de l'humanité. Il remplace l'industrie minière en décadence par le filage et la fabrication de rubans de coton. Il forme des compagnies de pompiers, réorganise l'apprentissage…