L'enfant se leva; tous deux sortirent.
Sitôt que le déjeuner fut achevé, Monsieur Floche me fit signe.
--Venez avec moi dans le jardin, mon jeune hôte, et me donnez des nouvelles du Paris penseur.
Le langage de Monsieur Floche fleurissait dès l'aube. Sans trop écouter mes réponses, il me questionna sur Gaston Boissier son ami, et sur plusieurs autres savants que je pouvais avoir eus pour maîtres et avec qui il correspondait encore de loin en loin; il s'informa de mes goûts, de mes études... Je ne lui parlai naturellement pas de mes projets littéraires et ne laissai voir de moi que le sorbonnien; puis il entreprit l'histoire de la Quartfourche, dont il n'avait à peu près pas bougé depuis près de quinze ans, l'histoire du parc, du château; il réserva pour plus tard l'histoire de la famille qui l'habitait précédemment, mais commença de me raconter comment il se trouvait en possession des manuscrits du XVIIme siècle qui pouvaient intéresser ma thèse... Il marchait à petits pas pressés, ou, plus exactement, il trottinait auprès de moi; je remarquai qu'il portait son pantalon si bas que la fourche en restait à mi-cuisse; sur le devant du pied, l'étoffe retombait en nombreux plis, mais par derrière restait au-dessus de la chaussure, suspendue à l'aide de je ne sais quel artifice; je ne l'écoutais plus que d'une oreille distraite, l'esprit engourdi par la moitiédeur de l'air et par une sorte de torpeur végétale. En suivant une allée de très hauts marronniers qui formaient voûte au-dessus de nos têtes, nous étions parvenus presque à l'extrémité du parc. Là, protégé contre le soleil par un buisson d'arbres-à-plumes, se trouvait un banc où Monsieur Floche m'invita à m'asseoir. Puis tout-à-coup:
--L'abbé Santal vous a-t-il dit que mon beau-frère est un peu...? Il n'acheva pas, mais se toucha le front de l'index.
Je fus trop interloqué pour pouvoir trouver rien à répondre. Il continua:
--Oui, le baron de Saint-Auréol, mon beau-frère; l'abbé ne vous l'a peut-être pas dit plus qu'à moi... mais je sais néanmoins qu'il le pense; et je le pense aussi... Et de moi, l'abbé ne vous a pas dit que j'étais un peu...?
--Oh! Monsieur Floche, comment pouvez-vous croire?...
--Mais, mon jeune ami, dit-il en me tapant familièrement sur la main, je trouverais cela tout naturel. Que voulez-vous? nous avons pris ici des habitudes, à nous enfermer loin du monde, un peu... en dehors de la circulation. Rien n'apporte ici de... diversion; comment dirais-je? oui. Vous êtes bien aimable d'être venu nous voir --et comme j'essayais un geste:-- je le répète: bien aimable, et je le récrirai ce soir à mon excellent ami Desnos; mais vous vous aviseriez de me raconter ce qui vous tient au coeur, les questions qui vous troublent, les problèmes qui vous intéressent... je suis sûr que je ne vous comprendrais pas.
Que pouvais-je répondre? Du bout de ma canne je grattais le sable...