—Pauvre Belle-Rose! tu l'aimais, toi! Ce devait être ainsi. Maintenant, tu souffres et tu es seul! Moi, voilà six ans que je pleure.

Belle-Rose, à son tour, pressa la main de M. d'Assonville.

—Tu as le coeur noble et loyal, et tu vas t'aviser de mettre toute ta vie sur la parole d'une femme! reprit le capitaine. Cela devait être, vois-tu. Je le sais bien, moi. Quand on prend une maîtresse au hasard, et qu'on la quitte comme on perd une pistole au lansquenet, ces choses-là n'arrivent jamais. Il n'y a que les fous qui aiment, et nous sommes de ces fous-là. Je ne te dirai pas de secouer ta souffrance comme on secoue au vent la poussière du chemin, mais tu es homme et tu es soldat. Roidis-toi contre le mal et attends; si tu en meurs, il faut mourir debout.

—Oui, capitaine, répondit Belle-Rose d'une voix ferme; et passant ses mains dans ses longs cheveux bouclés, il rejeta sa tête en arrière.

M. d'Assonville sourit.

—Tu es un brave et courageux garçon. Si tu en avais fantaisie, vingt femmes te vengeraient de ton infidèle.

Belle-Rose secoua la tête.

—A ton aise. Cependant, prends-y garde; tu es trop triste pour qu'elles ne tentent pas de te consoler; si tu les évites, elles te chercheront.

M. d'Assonville reprit sa promenade dans la chambre. Chaque fois qu'il passait devant Belle-Rose, il le regardait, et à chaque tour il le regardait plus longtemps. Enfin il s'arrêta devant lui.

—Veux-tu me rendre un service, Belle-Rose? lui dit-il.