—Voilà ton argent, répondit M. de Charny, dont les yeux brillaient de joie.

Il remonta dans son carrosse et reprit la route de Paris. Comme il arrivait à Franconville, la Déroute, lancé à toute bride, passa comme un flèche à côté du carrosse. M. de Charny se pencha à la portière, suivant de l'oeil le tourbillon de poussière qui volait sous les pieds du cheval.

—Il arrivera trop tard cette fois, murmura-t-il quand il l'eut perdu de vue.

La Déroute obéissait aveuglément à la secrète influence qui le poussait; la rapidité de sa course, au lieu de diminuer son ardeur, l'augmentait. Il allait passer devant la maison où M. de Charny s'était arrêté, quand la courroie à laquelle l'étrier était attaché se rompit. La Déroute retint la bride de son cheval et mit pied à terre. Le gars était toujours sur sa porte, mais cette fois il faisait sauter des écus au lieu de gros sous.

—Si c'est une commission que vous avez pour l'abbaye de Sainte-Claire, dit-il au sergent, vous pouvez me la donner pendant que vous rafistolerez votre étrier; j'en viens, j'y retournerai.

—Tu as été à l'abbaye? s'écria la Déroute, qui, dans la situation d'esprit où il était, attachait du prix aux moindres choses.

—Et ça m'a rapporté vingt-quatre livres, reprit le drôle en faisant sauter les pièces blanches.

La Déroute prit le paysan au collet.

—Qu'es-tu donc allé faire à l'abbaye? s'écria-t-il.

—Ma foi, fit le maraud épouvanté, j'y ai porté une corbeille et une lettre de la part d'un gentilhomme qui était venu en carrosse.