—Tu sais sans doute où est le petit village de Witternesse?
—Très bien: à une lieue à peu près, sur la droite, du côté d'Aire.
—C'est là que tu vas te rendre; maintenant retiens bien ceci: avant d'entrer à Witternesse, tu verras sur la gauche une ferme au bout d'un champ de seigle. Il y a quatre fenêtres avec une girouette en queue d'aronde sur le toit. Tu frapperas trois coups à la porte; au troisième coup, tu prononceras à haute voix le nom de Bergame; un homme sortira et tu lui remettras ce papier…
En achevant ces mots, l'inconnu tira de sa poche un petit portefeuille, prit un crayon et se mit en devoir d'écrire.
—Sais-tu lire? demanda-t-il brusquement à Jacques.
—Oui, monsieur, très bien.
L'étranger fronça le sourcil; mais ce mouvement fut si rapide que Jacques n'eut pas le temps de s'en apercevoir. Un instant l'étranger tourna le crayon entre ses doigts; puis, prenant une résolution subite, il écrivit rapidement quelques mots, déchira le feuillet, et le présentant à Jacques, attacha sur l'enfant un regard profond. Jacques examina le papier.
—Je lis, mais je ne comprends pas, dit-il.
L'étranger sourit.
—Il n'est pas nécessaire que tu comprennes, reprit-il; mets le papier dans ta poche et saute à cheval… Bien!… Parbleu, mon garçon, tu te tiens gaillardement!… si tu t'y prends de cette façon, tu ne serviras pas de fascine à quelque fossé… Cependant, aie toujours les yeux sur les oreilles de l'animal… il est fantasque; mais quand il est en humeur de faire un écart, il a l'honnêteté d'en prévenir son cavalier par un certain mouvement d'oreille, dont les reins de beaucoup de gens ont gardé le souvenir… Ah! tu ris! tu verras, mon garçon!