—Ce que je vous dis là, madame, c'est la vérité, ajouta-t-il; votre premier refus de m'épouser ne nous a pas porté grand bonheur à tous deux. Voyez où vous en êtes; quant à moi, j'ai fait beaucoup de choses, beaucoup de mal, un peu de bien, vivant au hasard et faisant de ma jeunesse l'emploi que le diable voulait; il m'en reste un violent désir d'en finir au plus tôt avec cette existence un peu décousue, un grand fonds d'indulgence pour les fautes d'autrui, et une assez maladroite expérience qui m'enseigne à prendre le temps comme il vient et le monde comme il est. Tel que je suis, madame, je m'offre à vous, et malgré ma modestie bien reconnue, j'ai la prétention de croire que je vaux mieux qu'une prison.

Suzanne s'était remise de son trouble pendant ce singulier discours; quand M. de Pomereux se tut, elle s'inclina et lui dit à son tour:

—Puisque tout ceci est plus sérieux que je ne pensais d'abord, je vous répondrai sérieusement, monsieur. Vous avez professé des théories dont je ne contesterai pas le mérite, mais qui ne sont pas les miennes. J'ai pu, au temps où la volonté d'un père servait de guide à ma jeunesse, faire le sacrifice de ma main, mais aujourd'hui que je suis libre, la main ne se donnera pas sans le coeur. Or le coeur s'est donné, monsieur. Je n'ai rien de plus à répondre à la proposition que vous m'avez transmise au nom de M. de Louvois. Ma vie et ma liberté sont à lui; mon amour est à moi.

A l'air de Mme d'Albergotti, M. de Pomereux comprit qu'il n'avait plus rien à espérer; mais il tira de cette certitude le désir de triompher d'une résistance à laquelle, à vrai dire, il ne s'attendait pas beaucoup.

—Ma foi, madame, reprit-il avec un sourire, vous avez peut-être tort, et votre refus vous expose à un danger auquel vous ne vous attendiez pas.

—Lequel, monsieur?

—Celui de me voir épris de vous.

Suzanne haussa les épaules en riant.

—Eh! madame, il ne faut point vous en moquer. Si vous m'aviez épousé, c'est un péril auquel vous auriez peut-être échappé, mais vous n'êtes point sûre de l'éviter à présent.

—Si c'est un péril, avouez du moins que M. de Louvois prendra soin de me mettre en lieu où il ne saurait m'atteindre.