—Mais quel intérêt puissant vous fait agir en faveur de ce prisonnier? interrompit M. de Louvois dépité.

—Je suis sa fiancée, répondit Suzanne, qui rougit, mais sans baisser les yeux.

M. de Louvois s'inclina.

—Que votre volonté soit faite! dit-il en écrivant quelques mots sur un ordre imprimé dont les blancs seuls étaient à remplir.

M. de Louvois agita une sonnette: un huissier se présenta, il lui remit l'ordre et se leva.

—Belle-Rose sera transporté à la citadelle de Châlons, dit-il; il vous sera permis de le voir. Après le crime dont il s'est rendu coupable, c'est tout ce que je puis faire pour lui, et encore ne l'aurais-je pas fait si vous n'étiez pas sa fiancée.

La Déroute n'avait pas perdu de temps. Les hommes qu'il s'était associés n'attendaient qu'un signal pour agir, et sur l'avis qu'il reçut de Mme d'Albergotti, il se tint prêt. Le lendemain, à la tombée de la nuit, le lieutenant de la Bastille entra chez Belle-Rose et le prévint qu'un ordre du ministre l'envoyait à la citadelle de Châlons.

—Une chaise de poste va vous conduire, lui dit-il.

Belle-Rose se leva et s'habilla. Un exempt l'attendait dehors de la sombre forteresse; près de lui se tenaient deux soldats de la maréchaussée. Le postillon était en selle. L'exempt était le même qui l'avait arrêté rue du Pot-de-Fer-Saint-Sulpice, chez M. Mériset. L'un des gardes de la maréchaussée était Bouletord. L'ex-canonnier salua Belle-Rose d'un sourire.

—Nous avons joué quitte ou double, j'ai gagné, lui dit-il.