—Vous le voulez? dit-il, parlez donc. Aussi bien, moi aussi, j'ai une mission à remplir auprès de vous, et puisque vous courez au-devant de cette épreuve, je la remplirai.

—Écoutez-moi d'abord, vous me tuerez après, si c'est votre volonté, dit
Geneviève.

—Prenez garde, madame, ce n'est point ici une vaine menace. Vous avez un compte terrible à rendre, peut-être allez-vous me contraindre à venger un mort!

—Le venger? Oh! fit-elle, vous ne le vengeriez pas en me tuant!

L'expression du regard et de la voix était si déchirante, le sens de ces paroles était si clair, que Belle-Rose se sentit remué jusqu'au fond du coeur.

—Parlez! lui dit-il, parlez! Vous savez bien que, quoi qu'il arrive, ce n'est pas moi qui peux vous punir!

Mme de Châteaufort prit silencieusement la main de Belle-Rose et la porta à ses lèvres. Ce baiser muet glissa comme une flamme dans les veines du jeune officier. Il sentit son courage mollir, et dégageant sa main de l'étreinte de Geneviève, il lui fit signe de s'asseoir. Geneviève s'assit; sa tête était pâle et désespérée comme le visage de marbre de Niobé; sa respiration était oppressée, et malgré la chaleur précoce de la saison, ses dents claquaient.

—Renoncez à cette explication, lui dit Belle-Rose; je n'ai qu'une question, une seule à vous adresser. Votre réponse suffira.

—Vous ne saurez rien, ou vous saurez tout, reprit la duchesse avec fermeté. Vous êtes mon juge et mon maître; écoutez-moi.

Belle-Rose connaissait trop bien Mme de Châteaufort pour se méprendre à l'accent de sa voix. Jusque dans la soumission de cette femme il y avait de la reine qui veut et sait se faire obéir. Il se tut et attendit.