—Mais, monsieur, dit l'étranger, je vous dis que je ne viens pas pour vous empêcher de jouer du violon, et que je voudrais vous entendre plus souvent; vous avez un talent charmant, et les voisins qui se plaignent de vous sont des ânes. Voici l'heure à laquelle vous jouez ordinairement, monsieur Lauter; car c'est bien Lauter que vous vous appelez?»

Léon fit un signe affirmatif.

«Eh bien! mon cher monsieur Lauter, voici l'heure à laquelle vous jouez d'ordinaire du violon; permettez-moi de vous entendre, surtout si vous jouez un certain air....»

Et il fredonna les premières mesures.

«Un air dont je sais les paroles, je crois.

—Je suis heureux, répondit Léon, de pouvoir vous être agréable aussi facilement, et je vous jouerai tout ce que vous voudrez.

—Eh bien! alors permettez-moi d'aller chercher en bas du tabac un peu meilleur que celui que vous fumez, et de faire monter un pot de bière. Je suis Allemand, monsieur, et j'ai de certaines façons d'écouter la musique dont je ne me dérange pas volontiers.

—Allez chercher votre tabac; pour de la bière, je pourrai vous en offrir.»

Quand il eut apporté du tabac et bourré sa pipe, l'étranger s'étendit à son aise dans un grand fauteuil, vida son verre, le remplit de nouveau, et le plaça devant lui.

Alors Léon lui joua l'air qu'il avait paru désirer. Au bout de quelque temps, l'étranger redemanda le premier air....