Le lendemain, Rose lui dit gravement:
«Bonjour, monsieur Léon; comment vous portez-vous?»
Alors Léon l'appela, la mit sur son genou, l'embrassa et lui dit:
«Rose, il me semble que nous sommes fâchés: tutoyons-nous.»
Un peu après, il voulut sortir. Rose lui dit que cela ne se pouvait pas, parce qu'elle avait besoin de lui pour une promenade. Léon céda d'abord volontiers; mais quand il apprit que cette promenade avait pour but d'aller jouer aux quatre coins avec d'autres jeunes filles, il demanda à Rose si elle serait toujours une enfant, et si elle ne pouvait pas se promener comme une jeune personne de son sexe le devait faire à son âge; si elle ne trouvait pas assez de plaisir à contempler les belles tentes vertes que forment les arbres, et le soleil qui scintille à travers le feuillage; à respirer la fraîcheur et les parfums de l'herbe et des fleurs. Puis il sentit qu'il n'avait pas le sens commun, et il se leva pour sortir. Rose l'arrêta et lui dit:
«Mon petit Léon, ne t'en va pas, parce qu'on ne nous laisserait pas sortir seules, Geneviève et moi.
—Il faut que je sorte, dit Léon.
—Eh bien! monsieur, vous ne sortirez pas.»
Et elle se sauva avec son chapeau qu'elle alla cacher, et qu'elle refusa obstinément de lui rendre. Léon monta à sa chambre et s'y renferma; mais il se demanda à lui-même comment les jeux d'une enfant pouvaient ainsi le mettre de mauvaise humeur, et il ne tarda pas à redescendre, résigné à faire ce qu'elle voudrait, et à jouer aux quatre coins lui-même, si elle le lui ordonnait. Léon était à cet âge où l'on n'est pas encore assez sûr de n'être plus un enfant pour oser se permettre de ne pas le redevenir quelquefois.
Mais il fit un orage, il plut, et on ne sortit pas.