Geneviève habilla Rose; leur toilette n'était pas finie, qu'Anselme frappait chez elles. «Allons, paresseuses, il y a une heure que j'attends le moment de vous embrasser; venez déjeuner: les jeunes gens ont fait quatre lieues à cheval, et rentrent affamés.»
Au déjeuner, M. Chaumier annonça qu'il allait retourner à Fontainebleau.
«Eh bien! mon beau-frère, allez-vous-en, et laissez-nous Rose; je me suis déjà occupé ce matin de la publication des bans; Rose et Geneviève vont sortir avec moi toute la journée; il faut faire la corbeille de Rose, et faire préparer son appartement à son goût; Albert va aller voir son ancien patron, pour renouer l'affaire de l'étude. Léon a un nouveau violon et un nouveau cheval; il se distraira de son mieux.»
Léon insista beaucoup pour accompagner son père avec sa sœur et sa cousine. M. Lauter répondit, en riant, qu'il s'y opposait, parce que Léon le ruinerait dans les achats pour Rose.
«Maintenant, mon beau-frère monsieur Chaumier, si vous ne vous y opposez pas, nous allons laisser Rose et Léon se promener un peu dans le jardin: ils ont beaucoup de choses à se dire; pendant ce temps, je vais vous montrer mon appartement.»
Rose hésitait; Geneviève la prit par la main et a conduisit avec Léon dans le jardin, où elle les laissa.
Là, Rose et Léon se rappelèrent tous leurs bons et tous leurs mauvais jours; ils se dirent mille fois la même chose.
On était à la fin de février; il y a dans ce mois des heures de printemps; un doux soleil semblait venir éveiller les bourgeons des sureaux. Des bourgeons des coudriers sortaient des petits pinceaux amarantes, la première fleur de l'année. Il semblait que le jardin était riant et embaumé de leur joie, et que ce beau soleil était un reflet de leur bonheur.
Pendant ce temps, M. Lauter conduisit M. Chaumier, Geneviève et Albert, dans son appartement; il ne démentait en rien la magnificence de la maison. Seulement, une petite porte, cachée sous la tapisserie, conduisait à trois chambres, où M. Lauter avait fait apporter les meubles de noyer du petit logement de Léon et de Geneviève, et ceux de sa petite chambre à lui, quand il était leur voisin. Les pièces étaient pareilles à celles qu'ils avaient habitées; les papiers semblables avaient été mis d'avance; et, pendant la nuit, M. Lauter avait fait apporter les meubles.
En repassant dans sa chambre, il ouvrit un vieux coffre magnifiquement ciselé; il était doublé de velours cramoisi et contenait des gros sous avec de menues pièces d'argent et une pièce de cent sous.