Il marchait à grands pas, il pensait à Geneviève qui l'attendait et auprès de laquelle il n'osait retourner; il ne savait comment s'y prendre pour emprunter de l'argent à ses amis. Comment jeter une pensée triste au milieu de cette folle gaieté? On rentra en riant; Léon faisait laborieusement dans sa tête la phrase par laquelle il devait faire sa demande. Jamais un discours académique ne fut plus étudié, plus retouché.

Il voulait feindre quelque partie de plaisir pour laquelle il lui manquait un louis; mais il s'aperçut que, depuis un quart d'heure, il n'avait rien dit, que son air maussade démentirait ses paroles; qu'avant de parler, il fallait effacer cette impression, et il saisit avec empressement ce prétexte qu'il se donnait à lui-même de retarder la demande qui lui faisait tant de honte.

Puis, quand le moment fut venu, il repassa sa phrase. Pendant ce temps, Mithois avait commencé un récit que Léon ne pouvait interrompre. «Quand Mithois aura cessé de parler,» se dit-il; et quand Mithois eut cessé de parler, il n'osa pas. Puis il pensa à Geneviève qui attendait, et il ouvrit la bouche; mais sa voix s'arrêta à sa gorge; il se leva, marcha dans l'atelier, et se dit: «Allons, il ne faut plus réfléchir.» Il regarda l'horloge de bois accrochée au mur, et dit: «Quand la grande aiguille sera sur le VI.»

Mais un peu avant que l'aiguille fût sur le VI, on frappa à l'atelier.

Ce fut un cri d'admiration quand on reconnut M. Vasselin.

M. Vasselin était violet et extrêmement irrité; il avait laissé ses sabots à la porte; Antoine Huguet s'avança vers lui.

M. VASSELIN..—Ah ça! monsieur....

ANTOINE HUGUET.—Comment se porte M. Vasselin?

M. VASSELIN..—Il ne s'agit pas de ma santé, je viens vous demander....

ANTOINE HUGUET.—Asseyez-vous.