Albert lui raconta ses chagrins; il était fatigué, presque malade, il allait partir le soir pour passer quelques jours à Fontainebleau et se reposer. Geneviève leva les yeux au ciel avec un regard de reproche: elle lui avait tant demandé le bonheur d'Albert!
«Albert, lui dit-elle, je voudrais qu'il y eût du bonheur dans ma vie et que je pusse te le donner; aie du courage, ne te laisse pas aller au désespoir; tu es jeune, tu as l'avenir à toi. Mais ta femme? Anaïs?
—Elle et ses parents, répondit Albert, ils m'ont ruiné; puis ils lui ont persuadé qu'elle ne pouvait partager le sort d'un homme ruiné, qu'ils gémissaient de ne pouvoir secourir.
—Comment cela est-il possible?» dit Geneviève.
Et la pauvre fille pensait quel bonheur c'eût été pour elle d'être malheureuse avec Albert. Partager l'existence de l'homme qu'elle aimait lui semblait une si grande félicité, que toutes les autres choses réputées bonheurs lui paraissaient auprès de celui-là inutiles et même embarrassantes.
Albert la baisa au front et partit. Geneviève lui dit: «Adieu, Albert, sois heureux, je prierai Dieu pour toi.
—Pauvre petite! pensa Albert en s'en allant, ce sera peut-être bientôt dans le ciel que tu prieras pour moi.»
Et il descendit l'escalier tout attristé.
Albert alla en effet passer quelques jours à Fontainebleau; il y trouva M. Chaumier et Rose également tristes, mais pour des causes bien différentes. Rose avait perdu Léon et l'avait perdu par sa faute; et elle le regrettait amèrement, surtout en trouvant dans son cœur tant d'amour et tant de bonheur pour lui.
M. Chaumier, tous calculs faits, se voyait forcé d'emprunter sur la maison de Fontainebleau. Un étranger vint un jour pour lui parler à ce sujet, puis examina la maison et lui dit: «Voulez-vous la vendre?