«C'est moi, monsieur.»

Rodolphe crut répliquer par un sourire ironique. Mais Mme de Dréan, presque malgré elle, dit: «Bravo, monsieur Lauter!.... A propos, dit-elle en se reprenant, parce que vous avez un talent charmant, ce n'est pas une raison pour que je ne vous paye pas vos leçons; car, vos leçons payées, je vous suis encore bien reconnaissante de me les donner. Je suis votre débitrice depuis la dernière leçon. Vous avez mes cachets, n'est-ce pas?»

Léon avait pris les cachets le matin et les avait comptés quatre fois pour être bien sûr de n'en pas oublier, et ne laisser au sort aucun moyen d'en retarder le payement, et, avant d'entrer chez Mme de Dréan, il avait mis la main sur sa poche pour s'assurer encore qu'ils y étaient; mais l'idée de recevoir devant Rodolphe l'argent de ses leçons lui apparut insupportable: il dit à Mme de Dréan qu'il n'avait pas ses cachets.

«Mais je n'en ai pas besoin, vous me les rendrez un autre jour; je sais parfaitement que je vous ai donné le douzième la dernière fois que vous êtes venu, je vais vous donner votre argent.»

Et elle s'approcha d'un secrétaire.

De l'argent! il y avait là de l'argent, si près de Léon! de l'argent qu'on lui devait, qui était à lui, qu'on allait lui donner, qu'il allait toucher, tenir dans sa main, dans sa poche! de l'argent qui, sous un si petit volume, renferme tant de plaisirs, tant de bonheur, tant d'indépendance, tant de larmes essuyées, tant de puissance!

Et il dit: «Non, merci, vous me le donnerez une autre fois, cela m'embarrasserait aujourd'hui.»

L'embarrasserait! le pauvre garçon! ne dirait-on pas que ses poches sont remplies d'argent? Hélas! ses pauvres poches sont vides et béantes: s'il n'a rien laissé à Geneviève en partant, c'est qu'il ne lui restait rien.

«Et votre mariage? dit Mme de Dréan à Rodolphe.

RODOLPHE.—Quel mariage?