Arrivé au numéro indiqué, il regarda si personne ne le voyait et se hâta d'entrer dans l'allée de l'huissier; il arriva par un escalier sombre à une grande pièce ornée d'un poêle sans feu. Il y avait là des cartons et des tables noires pour tout mobilier. Quatre escogriffes jaunes, vêtus de prétendues redingotes noisette ou vert olive, penchés sur les tables, les doigts allongés, écrivaient incessamment des papiers semblables à celui qu'avait reçu Léon; il y avait une odeur de vieux papier nauséabonde; je ne parlerai pas de l'odeur des clercs. Il demanda l'huissier; un des escogriffes lui dit: «Je suis le premier clerc, dites-moi votre affaire.» Léon, qui pour rien au monde n'aurait osé dévoiler sa honte devant quatre personnes, insista pour parler au patron. Le patron sortit de son cabinet, et, devant les clercs, lui dit: «Que veut monsieur?

—Vous parler en particulier.

—Entrez dans mon cabinet.»

Léon n'osa pas s'asseoir devant un aussi puissant personnage, un homme qui donnait des ordres, comme le disait le papier, aux procureurs généraux et à tous les commandants de la force publique de France. L'huissier alors lui demanda son nom.

«Léon Lauter.

—Ah! M. Léon Lauter, affaire Chabanne!... Hé! cria-t-il par la porte restée entr'ouverte, où en est l'affaire Chabanne contre Léon Lauter?

—A l'audience du jour.

—Monsieur, votre affaire vient à l'audience du jour.

—Pardon, monsieur, mais je ne comprends pas.

—Vous plaisantez, monsieur?