»Si la république prévaut, les impérialistes accepteront sans arrière-pensée la décision souveraine; ils reconnaîtront que le gouvernement de la république doit être confié à ceux qui ont eu foi en elle, alors que d'autres la déclaraient impossible, et leur seule ambition sera d'apporter l'aide et le conseil.
«Si l'empire obtient l'avantage, les républicains pourront adhérer sans humiliation à un gouvernement qui ne sera pas sorti d'un coup de force ou de surprise, et les impérialistes leur feront une place à côté d'eux dans la direction de l'État.
«Dans les deux hypothèses, pas de proscription, l'oubli cordial du passé, une seule loi de salut public: l'interdiction d'attaquer, de contester et même de discuter le verdict national, sous les peines les plus sévères, l'exil perpétuel, par exemple.
«Et alors, nous redeviendrons la grande nation, etc.»
Surtout si Me Ollivier est, dans le premier cas, appelé à «donner aide et conseil», et, dans le second, si «on lui fait une place dans la direction de l'État».
Me Ollivier, on le voit, ressemble à ces joueurs timides qui, à la roulette, mettent leur pièce de cinq ou de vingt francs,—sur la raie qui sépare deux numéros,—en partageant ainsi leur mise entre deux chances; à cheval sur 93 et 52,—sur la commune et sur l'empire.
Je suis scrupuleusement les débats du procès Bazaine,—je vois jusqu'ici ce que disait Turenne:—«Je serais embarrassé, non pas de commander, mais de manœuvrer et de tenir dans la main une armée de plus de trente mille hommes.»
Une guerre déclarée et commencée avec une imprudence puérile, comme le dit un journal, dans le même numéro où il brûle tant d'encens devant l'impératrice,—sans penser que mener un peuple à une guerre terrible, sans préparatifs, sans alliances, c'est-à-dire à la ruine et à l'humiliation, etc.,—est à peu près un des plus grands crimes qui se puissent commettre,—cette guerre imprudente, folle, criminelle,—conduite au hasard, sans plan, sans vigueur, sans enthousiasme, sans discipline, sans commandement et sans obéissance.
Eh bien! en voyant ces hésitations, ces ordres non donnés ou mal donnés,—mal obéis ou pas obéis du tout, ce relâchement absolu de discipline, ces vertiges, ces paniques;
Je me dis—il ne faut pas juger ces gens-là d'après un type de guerrier héroïque, et je dirais fabuleux—si nous n'en avions pas chez nous de nombreux exemples. Il ne faut chercher là ni des Léonidas, ni des La Tour-d'Auvergne—ni des Cambronne, ni des «boiteux de Vincennes», et quand j'ajoute à ce que je lis—ce que l'on m'a conté à Pontarlier, lors de l'entrée de l'armée française en Suisse, si j'y ajoute ce que j'ai vu en Suisse de mes yeux, et beaucoup d'autres choses dont je ne veux pas parler encore,—à part un nombre assez grand heureusement de dévouements et d'héroïsmes individuels, nombre qui s'accroîtrait sans doute de beaucoup de ceux qui sont restés inconnus;