— Voyons, mon ami; je ne suis pourtant pas méchant… Cest un peu fort tout de même que jaie fait ça…

Jean essayait de le consoler, rejetant tout sur un hasard, un mauvais sort; mais Déchelette répétait en secouant la tête, les dents serrées:

— Non, non… Je ne me pardonnerai jamais… Je voudrais me punir…

Ce désir dune expiation ne cessa de le hanter, il en parlait à tous ses amis, à Gaussin quil venait prendre à la sortie du bureau.

«Allez-vous-en donc, Déchelette… Voyagez, travaillez, ça vous distraira…» lui répétaient Caoudal et les autres, un peu inquiets de son idée fixe, de cet acharnement à leur faire répéter quil nétait pas méchant. Enfin un soir, soit quil eût voulu revoir latelier avant de partir, ou quun projet très arrêté den finir avec sa peine ly eût amené, il rentra chez lui et au matin des ouvriers descendant des faubourgs à leur travail le ramassèrent, le crâne en deux, sur le trottoir devant sa porte, mort du même suicide que la femme, avec les mêmes affres, le même fracassement dun désespoir jeté à la rue.

Dans latelier en demi-jour, une foule se pressait, dartistes, de modèles, de femmes de théâtre, tous les danseurs, tous les soupeurs des dernières fêtes. Cétait un bruit piétiné, chuchoté, une rumeur de chapelle sous la flamme courte des cierges. On regardait à travers les lianes, les feuillages, le corps exposé dans une étoffe de soie ramagée de fleurs dor, coiffé en turban pour la hideuse plaie de la tête, et tout de son long étendu, les mains blanches en avant qui disaient labandon, le déliement suprême, sur le divan bas ombragé de glycines où Gaussin et sa maîtresse sétaient connus là nuit du bal.

X

On en meurt donc quelquefois de ces ruptures!… Maintenant, quand ils se disputaient, Jean nosait plus parler de son départ, il ne criait plus, exaspéré:

— Heureusement, ça va finir.

Elle naurait eu quà répondre: