Jean revenait du quai dOrsay, une après-midi, quand il sentendit appeler au coin de la rue Royale. Il faisait un jour admirable, une lumière chaude où Paris sépanouissait à ce tournant du boulevard qui par un beau couchant, vers lheure du Bois, na pas son pareil au monde.

— Mettez-vous là, belle jeunesse, et buvez quelque chose… ça mamuse les yeux de vous regarder.

Deux grands bras lavaient happé, assis sous la tente dun café envahissant le trottoir de ses trois rangs de tables. Il se laissait faire, flatté dentendre autour de lui ce public de provinciaux, détrangers, jaquettes rayées et chapeaux ronds, chuchoter curieusement le nom de Caoudal.

Le sculpteur, attablé devant une absinthe qui allait avec sa taille militaire et sa rosette dofficier, avait auprès de lui lingénieur Déchelette arrivé de la veille, toujours le même, hâlé et jaune, ses pommettes en saillie remontant ses petits yeux bons, sa narine gourmande qui reniflait Paris. Dès que le jeune homme fut assis, Caoudal, le montrant avec une fureur comique:

— Est-il beau, cet animal-là… Dire que jai eu cet âge et que je frisais comme ça… Oh! la jeunesse, la jeunesse…

— Toujours donc? fit Déchelette saluant dun sourire la toquade de son ami.

— Mon cher, ne riez pas… Tout ce que jai, ce que je suis, les médailles, les croix, lInstitut, le tremblement, je le donnerais pour ces cheveux-là et ce teint de soleil…

Puis revenant à Gaussin avec sa brusque allure:

— Et Sapho, quest-ce que vous en faites?… On ne la voit plus.

Jean arrondissait les yeux, sans comprendre.