—J'y viens, mon oncle, j'y viens, répondit Sara. Je lui demandais donc le prix; mais il y avait un inconvénient à ce qu'il me le dit: le brave homme ne parlait que chinois. Nous étions donc très embarrassées, ma mie Henriette et moi, demandant à ceux qui nous entouraient pour voir les jolis objets que le marchand avait étalés, s'il n'y avait pas parmi les assistants quelqu'un qui pût nous servir d'interprète, lorsque le jeune homme s'est avancé, et, se mettant à notre disposition, a parlé au marchand dans sa langue, et, se retournant de notre côté, nous a dit: «Quatre-vingts piastres.» Ce n'est pas cher, n'est-ce pas, mon oncle?

—Hum! fit M. de Malmédie; c'est le prix qu'on payait un nègre avant que les Anglais défendissent la traite.

—Mais ce monsieur parle donc chinois? demanda Henri avec étonnement.

—Oui, répondit Sara.

—Oh! mon père, s'écria Henri en éclatant de rire; oh! vous ne savez pas: il parle chinois!

—Eh bien, qu'y a-t-il de si risible à cela? demanda Sara.

—Oh! rien du tout, reprit Henri en continuant de s'abandonner à son hilarité. Comment donc! mais c'est un charmant talent que possède là le bel étranger, et c'est un homme bien heureux. Il peut causer avec les boîtes à thé et les paravents.

—Le fait est que le chinois est une langue peu répandue, répondit M. de Malmédie.

—C'est quelque mandarin, dit Henri continuant de s'égayer aux dépens du jeune étranger, dont le hautain regard lui était demeuré sur le cœur.

—En tout cas, répondit Sara, c'est un mandarin lettré car, après avoir parlé chinois au marchand, il m'a parlé français à moi, et anglais à ma mie Henriette.