—Ainsi? demanda Nazim.

—Tout est prêt. J'ai, dans un des endroits les plus déserts de la rivière Noire, en face du morne, choisi un des plus grands arbres que j'aie pu trouver; j'ai creusé un canot dans sa tige, j'ai taillé deux avirons dans ses branches; je l'ai scié au-dessus et au-dessous du canot, mais je l'ai laissé debout de peur qu'on ne s'aperçût que sa cime manquait au milieu des autres cimes; maintenant, il n'y a plus qu'à le pousser pour qu'il tombe, il n'y a plus qu'à traîner le canot jusqu'à la rivière, il n'y a plus qu'à le laisser aller au courant, et, puisque tu veux partir, Nazim, eh bien, cette nuit tu partiras.

—Mais toi, frère, ne viens-tu donc pas avec moi? demanda Nazim.

—Non, dit Laïza: moi, je reste.

Nazim poussa à son tour un profond soupir.

—Et qui t'empêche donc, demanda Nazim après un moment de silence, de retourner avec moi au pays de nos pères?

—Ce qui m'empêche, Nazim, je te l'ai dit: depuis plus d'un an, nous avons résolu de nous révolter, et nos amis m'ont choisi pour chef de la révolte. Je ne puis pas trahir nos amis en les quittant.

—Ce n'est pas cela qui te retient, frère, dit Nazim en secouant la tête, c'est autre chose encore.

—Et quelle autre chose penses-tu donc qui puisse me retenir, Nazim?

—La rose de la rivière Noire, répondit le jeune homme en regardant fixement Laïza.