—Ainsi, ni l'un ni l'autre ne vous ont jamais parlé de l'époque de leur retour?

—Jamais; et qui sait si même je les reverrai un jour car, de mon côté, quoique le moment où je les reverrai doive être le moment le plus heureux de ma vie, je ne leur ai jamais dit de revenir. S'ils demeurent là-bas, c'est qu'ils y sont plus heureux qu'ils ne le seraient ici; s'ils n'éprouvent pas le besoin de revoir leur vieux père, c'est qu'ils ont trouvé en Europe des gens qu'ils aiment mieux que lui. Qu'il soit donc fait selon leur désir, surtout si ce désir peut les conduire au bonheur. Cependant, quoique je les regrette tous deux également, c'est cependant Georges qui me manque le plus, et c'est celui-là qui me fait le plus de peine en ne me parlant jamais de retour.

—S'il ne vous parle pas de retour Monsieur, reprit l'étranger d'une voix dont il cherchait inutilement à comprimer l'émotion, c'est peut-être qu'il se réserve le plaisir de vous surprendre, et qu'il veut vous faire achever dans le bonheur une journée commencée dans l'attente.

—Plût à Dieu! dit le vieillard en levant les yeux et les mains au ciel.

—C'est peut-être, continua le jeune homme avec une voix de plus en plus émue, qu'il veut se glisser près de vous sans être reconnu de vous, et jouir ainsi de votre présence, de votre amour et de vos bénédictions.

—Ah! il serait impossible que je ne le reconnusse pas.

—Et cependant, s'écria le jeune homme incapable de résister plus longtemps au sentiment qui l'agitait, vous ne m'avez pas reconnu, mon père!

—Vous!... toi!... toi!... s'écria à son tour le vieillard en parcourant l'étranger d'un regard avide, tandis qu'il tremblait de tous ses membres, la bouche entrouverte et souriant avec doute.

Puis, secouant la tête:

—Non, non, ce n'est pas Georges, dit-il; il y a bien quelque ressemblance entre vous et lui; mais il n'est pas grand, il n'est pas beau comme vous; ce n'est qu'un enfant, et vous, vous êtes un homme.