—Monsieur connaît peut-être quelque langue que parlera cet homme, ma mie Henriette, répondit la jeune fille; et j'ai si grande envie de cet éventail, que, si Monsieur parvenait à m'en dire le prix, il m'aurait rendu un véritable service.
—Mais vous voyez bien que c'est impossible, reprit ma mie Henriette: cet homme ne parle aucune langue.
—Il parle au moins celle du pays où il est né, dit l'étranger.
—Oui, mais il est né en Chine; et qui est-ce qui parle chinois?
L'inconnu sourit, et, se tournant vers le marchand, il lui adressa quelques mots dans une langue étrangère.
Nous essayerons vainement de dire l'expression d'étonnement qui se peignit sur les traits du pauvre Miko-Miko, lorsque les accents de sa langue maternelle résonnèrent à son oreille comme l'écho d'une musique lointaine. Il laissa tomber l'éventail qu'il tenait, et, s'élançant les yeux fixes et la bouche béante vers celui qui venait de lui adresser la parole, il lui saisit la main et la baisa à plusieurs reprises; puis, comme l'étranger répétait la question qu'il lui avait déjà faite, il se décida enfin à répondre; mais ce fut avec une expression dans le regard et un accent dans la voix qui formaient un des plus étranges contrastes qu'on puisse imaginer; car, de l'air le plus attendri et le plus sentimental du monde, il venait tout bonnement de lui dire le prix de l'éventail.
—C'est vingt livres sterling, Mademoiselle dit l'étranger se retournant vers la jeune fille; quatre-vingt-dix piastres à peu près.
—Mille fois merci, Monsieur! répondit Sara en rougissant de nouveau. Puis, se retournant vers sa gouvernante: n'est-ce pas vraiment bien heureux, ma mie Henriette, lui dit-elle en anglais, que Monsieur parle la langue de cet homme?
—Et surtout bien étonnant, répondit ma mie Henriette.
—C'est pourtant une chose toute simple, Mesdames, répondit l'étranger dans la même langue. Ma mère mourut que je n'avais que trois mois encore, et l'on me donna pour nourrice une pauvre femme de l'île Formose qui était au service de notre maison, sa langue est donc la première que je balbutiai; et, quoique je n'aie pas trouvé souvent l'occasion de la parler, j'en ai, comme vous l'avez vu, retenu quelques mots, ce dont je me féliciterai toute ma vie puisque j'ai pu, grâce à ces quelques mots, vous rendre un léger service.