Puis au milieu de ce silence, une voix se fit entendre:
—Virez de bord! dit Jacques.
—Parez, virez! répéta Tête-de-Fer.
Puis le sifflet du maître de manœuvres se fit entendre.
Il y eut, de la part de la corvette, un instant d'hésitation, pareil à celui d'un cheval lancé au galop et qu'on arrête court; puis elle tourna lentement, s'inclinant sous l'influence d'une brise fraîche et battue par de larges lames.
—La barre dessous! cria Jacques.
Le timonier obéit, et la corvette, se rapprochant du lit du vent, commença à se redresser.
—Levez les lofs! continua Jacques; chargez derrière!
Ces deux manœuvres s'exécutèrent avec la même rapidité et le même bonheur que les précédentes; la corvette compléta son abatée; ses voiles de derrière commencèrent à s'enfler; celles de devant furent rapidement chargées à leur tour et le gracieux navire s'élança vers le nouveau point de l'horizon qui lui était indiqué.
—Maître Tête-de-Fer, dit Jacques après avoir suivi tous les mouvements de la corvette avec la même satisfaction qu'un cavalier suit les mouvements de son cheval, vous allez doubler l'île, profiter de chaque variation de la brise pour vous rapprocher de l'origine du vent et longer, en faisant bon bras, toute la ceinture de rochers qui s'étend depuis la passe des Cornes jusqu'à la crique de Flac.