De temps en temps en voyant Sara si belle, si dévouée, si détachée de tout amour terrestre, une douleur inouïe et inéprouvée jusqu'alors prenait Georges au cœur et l'étreignait comme avec une griffe de fer; c'est que, malgré lui, en songeant au bonheur qu'il perdait, il se rattachait à la vie, et, tout en sentant son âme prête à monter au ciel, il sentait son cœur enchaîné sur la terre.
Alors, il lui prenait des terreurs de mourir dans le désespoir.
Puis ce billet qui lui brûlait la main, ce billet qu'il n'osait lire de peur d'être vu par les soldats qui le gardaient; ce billet lui semblait devoir contenir une espérance, quoique, dans sa situation, toute espérance fût insensée.
Cependant, il était impatient de lire ce billet; mais grâce à cette force qu'il conservait toujours sur lui-même, cette impatience ne se traduisait par aucun signe extérieur; seulement, sa main crispée froissait le billet avec tant de force, que ses ongles lui entraient dans la chair.
Sara priait.
On en était à la consécration. Le prêtre leva l'hostie consacrée, l'enfant de chœur fit entendre sa sonnette, tout le monde s'agenouilla.
Georges profita de ce moment, et, en s'agenouillant aussi, il ouvrit la main.
Le billet contenait cette seule ligne:
«Nous sommes là.—Tiens-toi prêt.»
La première phrase était écrite de la main de Jacques; la seconde, de la main de Pierre Munier.