Le lendemain, les deux magistrats se représentèrent, Georges fit le récit auquel il s'était engagé; seulement comme il passait sous silence les propositions qu'était venu lui faire Laïza, le juge d'instruction l'interrompit, en lui faisant observer qu'il omettait une circonstance à sa décharge, laquelle, attendu la mort de Laïza, ne se trouvait plus être à la charge de personne.

Ce fut ainsi que Georges apprit la mort de Laïza et les circonstances qui avaient accompagné cette mort; car, pour lui, comme nous l'avons dit, toute cette partie de sa vie était demeurée dans l'obscurité.

Il ne prononça pas une seule fois le nom de son père, et le nom de son père ne fut pas une seule fois prononcé, et, à plus forte raison, comme on le pense bien, le nom de Sara.

Cette déclaration de Georges rendait parfaitement inutile tout autre interrogatoire. Georges cessa donc de recevoir toute visite, excepté celle du docteur.

Un matin, en entrant, le docteur trouva Georges debout.

—Monsieur, lui dit-il, je vous avais défendu de vous lever avant quelques jours; vous êtes trop faible.

—C'est-à-dire, mon cher docteur, répondit Georges, que vous me faites l'injure de me confondre avec les accusés ordinaires lesquels retardent autant qu'ils peuvent le jour du jugement; mais, moi, je vous l'avouerai franchement, j'ai hâte d'en finir, et, en conscience, croyez-vous que ce soit la peine d'être si bien guéri pour mourir? Quant à moi, il me semble que, pourvu que j'aie assez de force pour monter à l'échafaud, c'est tout ce que les hommes peuvent me demander et tout ce que je puis demander à Dieu.

—Mais qui vous dit que vous serez condamné à mort? dit le docteur.

—Ma conscience, docteur: j'ai joué une partie dont ma tête était l'enjeu; j'ai perdu, je suis prêt à payer, voilà tout.

—N'importe, dit le docteur; mon opinion est que vous avez encore besoin de quelques jours de soins avant de vous exposer aux fatigues des débats et aux émotions d'un jugement.