Tout cela s'était passé d'une façon si rapide et si inattendue, qu'Antonio n'avait pas jeté un cri.

Enfin, Laïza tenait donc en sa puissance son ennemi mortel; Laïza allait donc punir d'un seul coup le traître et l'assassin.

Il le pressait sous son genou, il le regardait avec cette terrible ironie du vainqueur, dans laquelle le vaincu peut comprendre qu'il n'a plus rien à espérer, quand tout à coup on entendit le lointain aboiement d'un chien.

Sans relâcher la main par laquelle il lui serrait la gorge, sans relâcher la main par laquelle il lui maintenait le poignet, Laïza releva la tête et tendit l'oreille au côté par où venait le bruit.

À ce bruit, Laïza sentit frissonner Antonio.

—Chaque chose a son temps, murmura Laïza comme se parlant à lui même.

Puis, s'adressant aux nègres qui l'entouraient:

—Attachez d'abord cet homme à un arbre, dit-il, il faut que je parle à M. Munier.

Les nègres saisirent Antonio par les pieds et par les mains, et le garrottèrent avec des lianes contre le tronc d'un takamaka. Laïza s'assura qu'il était bien lié, et, conduisant le vieillard à quelques pas, il étendit la main du côté où, pour la première fois, s'était fait entendre l'aboiement d'un chien.

—Avez-vous entendu? lui dit-il.