—Ce n'est pas cela que je voulais dire. Vous croyez qu'il a été effrayé par une créature humaine?
—Les animaux reconnaissent d'instinct le bruit que font les autres animaux, et ne s'en effrayent point, répondit Laïza.
—Ainsi?
—Ainsi on se rapproche.... Eh! tenez, entendez-vous? ajouta le nègre en baissant la voix.
—Qu'est-ce? demanda le vieillard en usant de la même précaution.
—Le bruit d'une branche sèche qui vient de se briser sous le pied de l'un d'eux. Silence, car ils sont maintenant assez près de nous pour entendre le bruit de notre voix. Cachez-vous derrière le tronc de ce tamarinier; moi, je me remets à mon poste.
Et Laïza reprit la place qu'il venait de quitter, tandis que Pierre Munier se glissait derrière l'arbre, et que les nègres qui l'accompagnaient, perdus dans l'ombre des arbres, demeuraient debout, muets et immobiles comme des statues.
Il se fit un silence d'un instant, pendant lequel aucun mouvement ne troubla le calme de la nuit; mais quelques secondes s'étaient à peine écoulées, que l'on entendit le bruit d'un caillou qui se détachait de la terre et roulait sur la pente rapide du précipice. Laïza sentit contre sa joue l'haleine de Pierre Munier. Celui-ci allait parler sans doute, mais le nègre lui saisit le bras avec force: le vieillard comprit alors qu'il fallait se taire, et il se tut.
Au même instant, le coq des bois s'envola bruyamment une seconde fois en caquetant, et, passant par-dessus la cime du tamarinier, gagna les régions élevées de la montagne.
Le rôdeur se trouvait à vingt pas à peine de ceux dont, sans doute, il cherchait les traces. Laïza et Pierre Munier étaient sans haleine; les autres nègres semblaient de marbre.