Vers les neuf heures du matin, Laïza arriva. Georges le fit entrer dans sa chambre: rien n'était changé aux dispositions générales; seulement, l'enthousiasme produit par la générosité de Georges allait croissant. À neuf heures, les dix mille conspirateurs devaient être réunis en armes sur les bords de la rivière des Lataniers; à dix heures, la conspiration devait éclater.

Tandis que Georges questionnait Laïza sur les dispositions de chacun, et établissait avec lui les chances de cette périlleuse entreprise, il aperçut de loin son messager Miko-Miko qui, portant toujours sur son épaule son bambou et ses paniers, marchait de son pas habituel et s'avançait vers l'habitation. Or, il était impossible que l'apparition arrivât plus à point. Depuis le jour des courses, Georges n'avait pas même aperçu Sara.

Si maître de lui-même que fût le jeune homme, il ne put s'empêcher d'ouvrir la fenêtre et de faire signe à Miko-Miko de doubler le pas, ce que l'honnête Chinois fit aussitôt. Laïza voulait se retirer; mais Georges le retint, en lui disant qu'il avait encore quelque chose à lui dire.

En effet, comme l'avait prévu Georges, Miko-Miko n'était pas venu à Moka de son propre mouvement: à peine entré, il tira un charmant billet plié de la façon la plus aristocratique, c'est-à-dire étroit et long, où une fine écriture de femme avait écrit pour toute adresse son prénom. À la seule vue de ce billet, le cœur battit violemment à Georges. Il le prit des mains du messager, et, pour cacher son émotion, pauvre philosophe qui n'osait pas être homme, il alla le lire dans un angle de la fenêtre.

La lettre était effectivement de Sara, et voici ce qu'elle disait:

«Mon ami,

Trouvez vous aujourd'hui, vers les deux heures de l'après-midi, chez lord Williams Murrey, et vous y apprendrez des choses que je n'ose vous dire, tant elles me rendent heureuse; puis, en sortant de chez lui, venez me voir, je vous attendrai dans notre pavillon.

Votre Sara.»

Georges relut deux fois cette lettre; il ne comprenait rien à ce double rendez-vous. Comment lord Murrey pouvait-il lui dire des choses qui rendaient Sara heureuse, et comment lui, en sortant de chez lord Murrey, c'est-à-dire vers trois heures de l'après-midi, en plein jour, à la vue de tous, pouvait-il se présenter chez M. de Malmédie?

Miko-Miko seul pouvait lui donner l'explication de tout cela; il appela donc le Chinois et commença de l'interroger; mais le digne négociant ne savait rien autre chose, sinon que mademoiselle Sara l'avait envoyé chercher par Bijou, qu'il n'avait pas reconnu d'abord, attendu que, dans sa lutte avec Télémaque, le pauvre diable avait perdu une partie de son nez déjà fort camard; il l'avait suivi, il avait été introduit près de la jeune fille, dans le pavillon où il était déjà entré deux fois, et, là elle avait écrit la lettre qu'il venait de remettre à Georges et que l'intelligent messager avait bien vite deviné être adressée à lui.