XI

UN TERRIBLE AVEU.

Je continuai mes courses; mais malgré moi je ne pus chasser de ma pensée ce que j'avais vu et entendu, tout en conservant pour ce malheureux le dégoût moral et instinctif que j'ai avoué.

Je commençais à éprouver cette pitié physique, si l'on peut s'exprimer ainsi, que l'homme destiné à souffrir ressent pour tout être qui souffre.

Je dînais en ville, et comme une partie de ma soirée était consacrée à des visites, je ne rentrai chez moi que passé minuit.

On me dit qu'un jeune homme, qui était venu pour me consulter, m'attendait depuis une heure dans mon cabinet; je demandai son nom; il n'avait pas voulu le dire.

J'entrai, et je reconnus monsieur de Faverne.

Il était plus pâle et plus agité que le matin; un livre qu'il avait essayé de lire était ouvert sur le bureau. C'était le traité de toxicologie d'Orfila.

—Eh bien! lui demandai-je, vous sentez-vous donc plus mal?