»J'allai à la cheminée, j'allumai une bougie pour m'assurer de la vérité, car tout ce qui m'entourait m'apparaissait à travers une clarté pâle et fantastique qui me donnait pour ainsi dire une vue intérieure. Tout était réel; c'était bien ma chambre; je vis le portrait de ma mère, me souriant toujours; j'ouvris les livres que je lisais quelques jours avant ma mort; seulement le lit n'avait plus de draps, et il y avait des scellés partout.
»Quant à Satan, il s'était assis au fond, et lisait attentivement la Vie des Saints.
»En ce moment, je passai devant une grande glace, et je me vis dans mon étrange costume, couvert d'un linceul, pâle, les yeux ternes. Je doutai de cette vie que me rendait une puissance inconnue, et je me mis la main sur le cœur.
»Mon cœur ne battait pas.
»Je portai la main à mon front, le front était froid comme la poitrine, le pouls muet comme le cœur; et cependant je reconnaissais tout ce que j'avais quitté; il n'y avait donc que la pensée et les yeux qui vécussent en moi.
»Ce qu'il y avait d'horrible encore, c'est que je ne pouvais détacher mon regard de cette glace qui me renvoyait mon image sombre, glacée, morte. Chaque mouvement de mes lèvres se reflétait comme le hideux sourire d'un cadavre. Je ne pouvais pas quitter ma place; je ne pouvais pas crier.
»L'horloge fit entendre ce ronflement sourd et lugubre qui précède la sonnerie des vieilles pendules, et sonna deux heures; puis tout redevint calme.
»Quelques instants après, une église voisine sonna à son tour, puis une autre, puis une autre encore.
»Je voyais dans un coin de la glace Satan qui s'était endormi sur la Vie des Saints.
»Je parvins à me retourner. Il y avait une glace en face de celle que je regardais, si bien que je me voyais répété des milliers de fois avec cette clarté pâle d'une seule bougie dans une vaste salle.