Je vis deux ou trois femmes qui circulaient librement: je demandai pourquoi on leur permettait à elles ce qui n'était pas permis à moi; on me répondit que c'était des bouquetières.
Au milieu de toute cette préoccupation, beaucoup de voitures arrivèrent, mais je ne pus voir ceux qui en descendaient, peut-être Gabriel était-il parmi eux.
C'était une soirée perdue, c'était encore deux jours à attendre; j'étais résignée; je rentrai à l'hôtel avec un nouveau projet.
C'était, le surlendemain, de prendre un bouquet de chaque main et de me faire passer pour une bouquetière.
J'achetai des fleurs, je fis les deux bouquets, et j'allai reprendre mon poste: cette fois on me laissa circuler librement.
Je m'approchais de toutes les voitures qui s'arrêtaient et j'examinais avec attention les personnes qui en descendaient.
Il était neuf heures à peu près, et tout le monde semblait être arrivé, lorsqu'une dernière voiture en retard apparut à son tour et passa devant moi.
A travers l'ouverture de la portière je crus reconnaître Gabriel.
Je fus prise d'un si grand tremblement que je m'appuyai contre une borne pour ne pas tomber. Le laquais ouvrit la portière; un jeune homme, qui ressemblait à Gabriel, s'en élança; je fis un pas pour aller à lui, mais je sentis que j'allais tomber sur le pavé.
—A quelle heure? demanda le cocher.