Je sentais qu'un malheur planait au-dessus de ma tête et était prêt à s'abattre sur moi.

Je lui répondis cependant comme si j'étais joyeuse de sa joie; j'avais l'air de croire à cet avenir qu'il me promettait, et qu'une voix intérieure me criait n'être point fait pour moi.

Quinze jours après, je reçus une seconde lettre. Celle-là me trouva dans les larmes.

Hélas! si Gabriel ne tenait pas sa promesse envers moi, j'étais une fille déshonorée: dans huit mois j'allais être mère.

Je balançai quelque temps pour savoir si j'annoncerais cette nouvelle à Gabriel.

Mais je n'avais que lui au monde à qui je pusse me confier. D'ailleurs il était de moitié dans ma faute, et si quelqu'un me soutenait il était juste que ce fût lui.

Je lui répondis donc de hâter autant qu'il le pourrait l'instant de notre réunion, en lui disant qu'à l'avenir ses efforts auraient pour but non-seulement notre bonheur, mais encore celui de notre enfant.

Je m'attendais à recevoir une lettre poste pour poste, ou plutôt, à peine cette lettre envoyée, je tremblais de n'en plus recevoir du tout: car, ainsi que je l'ai dit, un sourd pressentiment me criait que tout était fini pour moi.

En effet, ce ne fut pas à moi que Gabriel répondit, mais à son père: il lui annonçait que le banquier chez lequel il était placé, ayant des intérêts majeurs à la Guadeloupe, et ayant reconnu chez lui plus d'intelligence que chez ses compagnons de bureau, venait de le charger d'aller régler ces intérêts, lui promettant, à son retour, de l'associer pour une part dans ses bénéfices. En conséquence, il annonçait qu'il partait le jour même pour les Antilles, et qu'il ne pouvait fixer l'époque de son retour.

En même temps, sur l'argent que le banquier lui avait donné pour son voyage, il renvoyait à son père les cinq cents francs qu'il avait empruntés pour lui.