L'abbé et lui descendirent dans la salle à manger.
La salle à manger pouvait le disputer en commodité et en élégance à celle du plus riche château des environs de Paris.
L'abbé marchait d'étonnement en étonnement.
Par bonheur, quoiqu'on fût au 15 novembre, la mer était magnifique: il faisait une de ces belles journées d'automne qui semblent un adieu envoyé à la terre par ce soleil d'été que l'on ne reverra que dans six mois.
L'abbé Rémy n'avait pas le moindre mal de mer, ce qui lui valut les félicitations des officiers supérieurs admis à la table du capitaine, et celles du capitaine lui-même.
Cependant, vers le milieu du dîner, il lui sembla que le mouvement de la frégate augmentait.
Bougainville répondit que c'était le reflux, et se livra à l'exposé d'une savante théorie sur les marées.
L'abbé Rémy écouta avec la plus grande attention et le plus vif plaisir la dissertation scientifique de son ami, et, comme il n'était pas étranger aux sciences physiques, il fit, de son côté, des observations qui parurent ravir en admiration les officiers.
Le dîner se prolongea plus longtemps que les convives ne le croyaient eux-mêmes.
Rien ne trompe sur la durée des heures comme une conversation intéressante arrosée de bon vin.