Il était évident que le pauvre prêtre pensait au plaisir qu'il eût éprouvé, du temps qu'il était libre, à voir la mer et à visiter une frégate.

Ce soupir amena entre Bougainville et les deux officiers un nouvel échange de regards accompagnés d'un sourire.

Sourire et regards passèrent inaperçus du digne abbé Rémy, qui était tombé dans une si profonde rêverie, qu'il ne revint à lui que lorsque la voiture s'arrêta devant un grand hôtel.

—Ah! il parait que nous sommes arrivés, dit-il. J'ai très-faim!

—Eh bien, nous n'attendrons pas, car le dîner doit être commandé d'avance.

—L'agréable vie que celle de capitaine de vaisseau! dit l'abbé: on reçoit des millions des Espagnols; on court la poste dans une bonne calèche, et, quand on arrive, on trouve un dîner qui vous attend! … Pauvre Marianne! elle a dîné sans moi, elle!

—Bah! dit Bougainville, une fois n'est pas coutume … Nous allons dîner sans elle, nous, et j'espère que son absence ne t'ôtera pas l'appétit.

—Oh! sois tranquille… C'est que j'ai véritablement très-faim.

—Eh bien, alors, à table! à table!

—À table! répéta gaillardement l'abbé Rémy.