Ce que j'appris de cet homme dans la conversation qui suivit, laissez-moi vous le dire, chers lecteurs. J'ai plaisir à vous raconter cette vie de luttes, de travail et surtout de dévouement.
Jacques Fosse naquit à Saint-Gilles;—à ce seul nom, vous vous rappelez Raymond de Toulouse et la belle église de Saint-Trophime.—Il naquit le 14 juin 1819; ce qui lui constitue aujourd'hui quarante ans, ou à peu près.
Il était fils de Jean Fosse et de Geneviève Duplessis.
Il perdit son père en 1820. Il avait un an.
La veuve, sans fortune, quitta aussitôt Saint-Gilles, pour aller habiter chez sa mère, à Beaucaire.
En 1822, elle se remaria, épousa un nommé Perrico, duquel elle eut douze enfants, dont trois sont morts.
En 1828, le beau-père de Fosse devint infirme et cessa de travailler.
Il y avait déjà six enfants de ce second lit à nourrir.
Là commença le travail du petit Jacques. Il avait neuf ans. Il s'en alla sur les routes avec un panier et une pelle; ramassant du crottin.
Le pain n'était pas cher à cette époque. Le produit du travail d'un enfant de neuf ans suffit à nourrir toute la pauvre famille.
Certes, on ne vivait pas bien avec les douze ou quinze sous qu'il gagnait par jour; mais enfin on vivait.