Vindex était brave, on savait que les paroles qui sortaient de sa bouche n'étaient point de vaines paroles. Aussi, de grands cris, de vifs applaudissements et de bruyantes acclamations accueillirent-ils son discours; chaque chef de Gaulois tira son épée, jura sur elle d'être de retour dans un mois, avec une suite proportionnée à sa fortune et à son rang, et se retira dans sa ville. Cette fois le masque était arraché du visage, et le fourreau jeté loin de l'épée. Vindex écrivit une seconde fois à Galba.

Dès son arrivée en Espagne, Galba s'était fait une étude de la popularité. Jamais il ne s'était prêté aux violences des procurateurs, et, ne pouvant empêcher leurs exactions, il plaignait tout haut leurs victimes. Jamais il ne disait de mal de Néron, mais il laissait librement circuler des vers satyriques et des épigrammes outrageantes contre l'empereur. Tout ce qui l'entourait avait deviné ses projets, mais jamais il ne les avait confiés à personne. Le jour où il reçut le message de Vindex, il donna un grand dîner à ses amis, et le soir, après leur avoir annoncé la révolte des Gaules, il leur communiqua la dépêche, sans l'accompagner d'aucun commentaire, les laissant libres par son silence d'approuver ou de désapprouver l'offre qui lui était faite. Ses amis restaient muets et irrésolus de cette lecture; mais l'un d'eux, nommé T. Venius, plus déterminé que les autres, se tourna de son côté, et, le regardant en face:

—Galba, lui dit-il, pourquoi délibérer pour chercher si nous serons fidèles à Néron, c'est déjà lui être infidèles; il faut ou accepter l'amitié de Vindex, comme si Néron était déjà notre ennemi, ou l'accuser sur-le-champ, ou lui faire la guerre, et pourquoi? Parce qu'il veut que les Romains vous aient pour empereur plutôt que Néron pour tyran.

—Nous nous rassemblerons si vous le voulez bien, répondit Galba, comme s'il n'avait point entendu la question, le cinq du mois prochain, à Carthage-la-Neuve, afin de donner la liberté à quelques esclaves.

Les amis de Galba acceptèrent le rendez-vous, et à tout hasard ils répandirent le bruit que cette convocation avait pour but de décider des destins de l'empire.

Au jour dit, tout ce que l'Espagne comptait d'illustre en étrangers et en indigènes était rassemblé au rendez-vous: chacun y venait dans un même but, animé d'un même désir, poursuivant une même vengeance. Galba monta sur son tribunal, et aussitôt, d'un élan unanime, toutes les voix le proclamèrent empereur.


[Chapitre XVII]

Voilà ce que contenaient les lettres que Néron avait reçues, et telles étaient les nouvelles qu'il avait apprises; en même temps on lui dit que des proclamations de Vindex ont été distribuées, et que quelques-unes déjà sont parvenues à Rome; bientôt une de ces proclamations tombe entre ses mains. Les titres d'incestueux, de parricide et de tyran, lui étaient prodigués, et cependant ce n'est point tout cela qui l'irrite et le blesse, il y est appelé Oenobarbus et traité de mauvais chanteur: ce sont des outrages dont il faut que le sénat le venge, et il écrit au sénat. Pour repousser le reproche d'inhabileté dans son art, venger le nom de ses aïeux, il fait promettre un million de sesterces à celui qui tuera Vindex, et retombe dans son insouciance et dans son apathie.

Pendant ce temps la révolte faisait des progrès en Espagne et dans les Gaules; Galba s'était créé une garde de l'ordre équestre, et avait établi une espèce de sénat. Quant à Vindex, à celui qui lui avait appris que sa tête était à prix, il avait répondu qu'il la laisserait prendre à celui qui lui apporterait celle de Néron.